Le journal le Monde parle de la gyroroue électrique

“L’étonnante trajectoire de la gyroroue électrique”

 

Extraits du journal LE MONDE | • Mis à jour le | Par la journaliste Pascale Krémer

Ils sont de plus en plus nombreux à “glisser” dans les rues, les pieds calés sur ce drôle d’engin. Simple gadget ou nouveau moyen de transport amené à s’installer durablement dans les villes ?

L’homme-machine glisse, sans effort apparent, sur le trottoir. Il dépasse de deux bonnes têtes les piétons entre lesquels il slalome silencieusement et qui, en le voyant, se figent, intrigués. Entre ses pieds, une roue lumineuse semble être le prolongement naturel de son corps… Croiser l’un de ces centaures sur gyroroue (ou roue électrique gyroscopique) n’a encore rien de banal. D’ici à 2017-2018, pourtant, plus personne ne se retournera sur le passage de ces nouveaux véhicules électriques individuels, qui conquièrent les métropoles où la voiture n’est plus reine.

 

Environ 10 000 gyroroues électriques ont été vendues en France en deux ans.
Environ 10 000 gyroroues électriques ont été vendues en France en deux ans. MAXIME-ROUGE

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Initiation recommandée

Facile à prendre en main, la trottinette a ouvert la voie de la micromobilité sur batterie. Mais la roue futuriste la rattrape désormais, portée par le même engouement que le roller en ligne au début des années 2000. Sans manche ni volant, dotée de deux repose-pieds latéraux rétractables, la gyroroue se bloque entre les mollets et se commande, comme son grand frère, le Segway, en inclinant délicatement le buste vers l’avant, l’arrière ou le côté. Il faut comprendre comment se hisser à peu près dignement, dépasser l’appréhension de se lancer en avant, mains libres, puis oser lâcher le mobilier urbain et croire aux lois de l’équilibre. Trois demi-heures de cours valent mieux que la consultation, même prolongée, de tutoriels, pour protéger son intégrité physique

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Devant l’Opéra Bastille, ce samedi soir d’automne, ils sont une centaine de wheelers, comme ils s’appellent en référence fusionnelle à leur roue, à attendre le départ de la randonnée hebdomadaire à travers Paris– ils n’étaient pas plus de vingt, en 2014. Des hommes, pour l’essentiel, « qui se projettent dans l’avenir, comme les informaticiens, les architectes, les ingénieurs, ou qui veulent gagner du temps, comme les avocats », observe l’importateur européen de Solowheel, Vincent Bourdeau. Ils forment une communauté, avec leur page Facebook, leur fil de discussion, leurs cartes interactives susceptibles de géolocaliser d’autres usagers proches. Des acrobates freestyle, des bidouilleurs experts dans l’art de doper les machines… Une tribu pionnière déjà dotée de ses héros, comme le postier qui, cet été, a avalé 1 500 kilomètres de bitume sur sa roue, des Pays-Bas aux Pyrénées.

Des pratiquants emballés

Alexandre Cavaro, 27 ans, technicien en centrale nucléaire, n’y voit rien moins qu’une « révolution des déplacements » : « On passe partout, fluide, on flotte, on a presque l’impression que la pensée contrôle la roue. » Surenchère de Raphaël Marchand, 43 ans, ingénieur informatique habitué des bords de Marne : « Cela a sauvé mes gosses !» Deux pré-ados qui ont daigné lâcher leurs jeuxvidéo. « Cela m’a coûté un rein, 3 000 euros les trois roues, mais, maintenant, ce sont eux qui me demandent de sortir ! » Pour lui, c’est sûr, la pratique «ne peut qu’exploser ».

« Tous ceux qui nous voient veulent essayer. » Même les retraités. Comme Gilles Fougère, 65 ans, un ancien de la réparation de poids lourds : « A mes débuts, en juin, j’en conviens, j’ai eu un peu de mal. Ma femme m’entendait tomber dans le garage, elle ne voulait plus me voir dessus ! Il m’a fallu huit leçons. Maintenant, c’est magique. Et, dans mon coin de Seine-et-Marne, à La Ferté-sous-Jouarre, je suis l’oiseau rare. »

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Se sentir précurseur, être observé, interrogé, un brin admiré, il y a là de quoi nourrir un phénomène. «Le côté ego, résume Christophe Bayart, qui tient la boutique Mobility Urban, à Toulouse. Vous avez les mains dans les poches, vous vous déplacez, vous n’êtes pas comme tout le monde. Certains se vantentun peu… »A moins que leurs grands airs ne témoignent de la concentration requise par l’exercice d’équilibriste. Une plaque d’égout mal encastrée, la laisse d’un chien, un piéton qui zigzague, nez dans le smartphone, et c’est la chute… Pour les usagers de la roue comme des trottoirs, la gyroroue est « potentiellement risquée », admet Guillaume Bocs, fondateur de la prospère boutique parisienne E-roue. « Mais les wheelers sont prudents, parce qu’ils se sentent vulnérables et craignent une réglementation. »

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Pascale Krémer

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